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Retour 26.03.2026

Le Valais, terre d’avenir pour les plantes aromatiques et médicinales

Entre conditions alpines uniques, savoir-faire agricole et recherche, le Valais dispose d’atouts solides pour développer la filière des plantes aromatiques et médicinales (PAM). Depuis plusieurs décennies, producteurs, chercheurs et transformateurs collaborent pour structurer et valoriser cette production de niche.

Pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre, rencontre avec Xavier Simonnet, responsable des travaux de recherche sur les plantes aromatiques et médicinales à l’Agroscope.

 

Un parcours consacré aux plantes aromatiques et médicinales

Ingénieur agronome de formation, Xavier Simonnet consacre sa carrière à l’étude et au développement de cette filière agricole particulière.

Actif depuis plus de trente ans dans la filière, il débute sa carrière en France au sein de l’institut technique des plantes aromatiques et médicinales (Iteipmai), avant de rejoindre la recherche suisse en 1997 au sein de Mediplant. Depuis 2019, il dirige les activités de recherche sur les PAM au sein d’Agroscope, le centre de compétence de la Confédération pour la recherche agronomique.

Ses travaux couvrent un large éventail de thématiques : domestication de nouvelles espèces, amélioration variétale ou encore optimisation des pratiques culturales.

« La diversité des espèces travaillées, la pluridisciplinarité des thématiques — botanique, agronomie, phytochimie — ainsi que les échanges avec les producteurs et les transformateurs rendent ce domaine particulièrement stimulant », explique Xavier Simonnet.

 

Le Valais, un territoire particulièrement propice aux PAM

Depuis les années 1980, le Valais s’est imposé comme l’une des principales régions suisses pour le développement des cultures de plantes aromatiques et médicinales.

Cette dynamique s’explique en grande partie par les conditions naturelles particulièrement favorables du canton. Sa situation géographique et son relief offrent une grande diversité de sols et de climats, permettant la culture d’un large éventail d’espèces, allant de plantes typiquement méditerranéennes à d’autres caractéristiques des milieux alpins.

L’arc alpin constitue en effet un réservoir botanique remarquable : près de six cents espèces de plantes à fleurs n’existent que dans cette région ou y trouvent leur principale aire de répartition. Cette richesse végétale représente une source d’inspiration précieuse pour la domestication de nouvelles espèces botaniques destinées au développement de nouveaux produits.

Certaines plantes emblématiques des Alpes, comme l’edelweiss, le génépi ou encore certaines saxifrages, illustrent particulièrement bien ce potentiel. Leur adaptation aux conditions de montagne en fait des espèces difficiles à cultiver ailleurs, renforçant ainsi l’ancrage territorial de cette filière en Valais.

 

Une filière agricole spécialisée et exigeante

Au fil des dernières décennies, la filière s’est fortement professionnalisée. Les producteurs ont acquis une expertise technique importante et modernisé leurs outils de production, notamment grâce à la mécanisation de certaines opérations et au développement d’infrastructures de séchage performantes.

Cette évolution permet aujourd’hui de proposer des matières premières de grande qualité, répondant aux exigences de secteurs variés tels que l’agroalimentaire, la phytopharmacie ou encore la cosmétique.

La culture des PAM représente également une opportunité de diversification pour les exploitations agricoles, en particulier dans les zones de montagne où les conditions de production peuvent être plus difficiles.

La culture des PAM demeure toutefois exigeante. Chaque espèce possède ses propres besoins agronomiques : certaines sont annuelles, d’autres pluriannuelles, certaines se cultivent par semis tandis que d’autres nécessitent des plantations spécifiques. Les parties valorisées de la plante peuvent également varier — racines, parties aériennes ou fleurs — avec des exigences qualitatives propres à chaque usage.

Dans le canton, ces cultures sont par ailleurs réalisées selon les exigences de l’agriculture biologique.

 

Des défis agronomiques et climatiques à relever

Comme de nombreuses productions agricoles, la filière des plantes aromatiques et médicinales doit aujourd’hui faire face à plusieurs défis.

L’amélioration de la rentabilité économique constitue un enjeu central, notamment à travers le développement de variétés adaptées au climat suisse et l’optimisation des itinéraires techniques. La mécanisation de certaines opérations, comme le désherbage, représente également un levier important.

Le changement climatique introduit de nouveaux paramètres. Une gestion plus fine des ressources en eau devient nécessaire, tandis que l’apparition de parasites ou de maladies émergentes exige une grande réactivité de la recherche agronomique.

Dans ce contexte, l’innovation scientifique et le transfert de connaissances vers les producteurs jouent un rôle déterminant.

 

Le rôle d’Agroscope dans le développement de la filière

Centre de compétence de la Confédération pour la recherche agronomique, Agroscope accompagne le développement de nombreuses filières agricoles, dont celle des plantes aromatiques et médicinales.

Les travaux menés par les équipes de recherche portent notamment sur la domestication de nouvelles espèces botaniques, l’amélioration variétale d’espèces déjà cultivées — comme la sauge, le thym, la mélisse ou l’origan — ainsi que sur l’optimisation des pratiques culturales.

L’objectif est d’apporter aux producteurs des solutions agronomiques concrètes afin de garantir un approvisionnement fiable en plantes aromatiques et médicinales, tant en quantité qu’en qualité, pour les transformateurs.

Dans une filière relativement compacte comme celle des PAM, la proximité entre chercheurs, producteurs et entreprises facilite par ailleurs les échanges et la définition de priorités de recherche adaptées aux besoins du terrain.

 

Vers une chaîne de valeur régionale plus intégrée

Historiquement, le Valais s’est surtout distingué comme région de production de plantes aromatiques et médicinales, la transformation étant souvent réalisée hors canton.

Depuis une quinzaine d’années, cette dynamique évolue progressivement. Des initiatives régionales, comme l’écosystème d’innovation PhytoArk, contribuent à attirer des PME et des projets entrepreneuriaux autour de la transformation et de la valorisation des ingrédients naturels.

Cette évolution renforce la chaîne de valeur locale, favorise la création d’emplois et développe de nouvelles synergies entre agriculture, recherche et industrie.

Pour Xavier Simonnet, le renforcement de ces initiatives passe notamment par des conditions cadres favorables et des outils financiers permettant d’accompagner les entreprises innovantes et leur développement régional.

 

Une filière de niche à fort potentiel

Si les plantes aromatiques et médicinales resteront probablement une filière de niche par rapport aux grandes productions agricoles, leur potentiel de développement demeure réel.

La compétitivité de la production suisse passe toutefois par la création de produits à forte valeur ajoutée, capables de compenser des coûts de production plus élevés que dans les pays voisins.

Dans ce contexte, la combinaison entre agriculture spécialisée, recherche agronomique et innovation industrielle constitue un levier important pour soutenir le développement de la filière.

En Valais, l’ancrage territorial des plantes aromatiques et médicinales, associé à la dynamique de l’écosystème local, laisse entrevoir de nouvelles une filière qui associe agriculture, recherche et innovation au cœur du territoire valaisan.

 

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