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Retour 03.02.2026

« L’alimentation du futur doit d’abord avoir du goût » — la vision de Nectariss

Implantée sur le site de PhytoArk, l’entreprise Nectariss incarne une nouvelle génération d’acteurs FoodTech alliant science, goût et durabilité. Entretien avec son co-fondateur Richard Splivallo, également expert Innosuisse, qui partage sa vision du secteur, ses défis, et les ambitions de son entreprise.


La Suisse a vu émerger ces dernières années un véritable écosystème FoodTech. Pour Richard Splivallo, l’élan est né avec Swiss Food Research, avant de prendre plus d’ampleur à partir de 2020, sous l’impulsion du Swiss Food & Nutrition Valley, et avec le lancement en 2021 du programme Innobooster Swiss Food Ecosystems d’Innosuisse, véritable catalyseur pour l’innovation et les start-up. « Ce qui n’existait pas il y a six ans s’est aujourd’hui transformé en un écosystème solide, qui va dans la bonne direction. »

En comparaison internationale, la Suisse reste très active malgré sa taille : « Les investissements dans la FoodTech sont moindres en volume que ceux de pays comme la France ou l’Allemagne, mais proportionnellement, on est très bien placés. »

Il cite également Singapour comme exemple inspirant : « Là-bas, des lois ont été mises en place rapidement pour permettre la commercialisation de produits comme les viandes cultivées en laboratoire. La Suisse pourrait jouer un rôle similaire, en devenant un hub européen pour les innovations alimentaires de rupture. »

Le modèle suisse, basé sur le consensus plutôt que l’imposition, favorise selon lui une adoption plus profonde et durable, même si cela prend parfois plus de temps. Il appelle toutefois à ne pas reproduire les erreurs du passé, comme l’engouement trop rapide autour des substituts de viande, et à mieux ancrer les nouvelles approches alimentaires dans la culture locale. « La Suisse a le potentiel d’être un laboratoire agile pour tester des innovations, à condition de savoir prendre des risques mesurés. »


Mieux connecter recherche, financement et industrie

En tant qu’expert Innosuisse, Richard Splivallo évalue régulièrement des projets de jeunes entreprises. Il constate une montée en gamme dans la qualité des dossiers : « La compétition est plus forte, mais elle tire tout le monde vers le haut. »

Il souligne toutefois que les dispositifs de soutien restent parfois peu lisibles ou trop lourds administrativement, notamment pour des projets très innovants. « On pourrait s’inspirer d’approches plus agiles comme aux États-Unis, où une idée peut recevoir un petit financement test sur une simple page de présentation. Cela ouvre la porte à davantage de créativité. »

Autre enjeu : la phase d’industrialisation. « Beaucoup de dispositifs s’arrêtent à la preuve de concept. Or, le vrai défi, c’est d’amener ces idées au marché, de connecter efficacement recherche, industrie et réglementation. »

Il appelle également à une meilleure mutualisation des efforts à l’échelle nationale : « Il y a trop de structures qui travaillent en parallèle. Un regroupement des forces permettrait de gagner en efficacité et en impact. »


Nectariss : cap sur la croissance et la diversification

Fondée en 2017, Nectariss développe des arômes naturels de truffes, issus d’une technologie brevetée qui reproduit les interactions entre les truffes et leur microbiome. Avec un taux de fidélité client de 95 %, l’entreprise s’est rapidement imposée comme un acteur B2B de référence dans le haut de gamme.

La double implantation Suisse–France est au cœur du modèle Nectariss : la production est basée à Conthey (Valais), tandis que le centre de R&D se trouve à Grasse, en France. Cette organisation leur permet de combiner la rigueur réglementaire suisse — un vrai atout notamment en matière d’agréments alimentaires — avec un accès direct à leurs marchés principaux, comme la France où la truffe est particulièrement réglementée.

En 2025, Nectariss a opéré une réorganisation stratégique : recentrage de la R&D sur des partenaires suisses, rationalisation de ses implantations, et réflexion sur de nouvelles pistes de diversification. L’objectif : innover à nouveau, en explorant par exemple des usages cosmétiques via la valorisation des résidus de production.

L’ancrage à PhytoArk joue aussi un rôle structurant : accès à des infrastructures adaptées, proximité avec d’autres acteurs du secteur, et environnement naturel propice à la créativité.


Une vision claire : goût, durabilité, responsabilité

Pour conclure, Richard Splivallo résume sa vision de l’alimentation de demain en une phrase qui guide les choix de Nectariss :
« L’alimentation du futur doit d’abord avoir du goût, tout en respectant l’environnement et en responsabilisant les consommateurs. »

 

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